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 Association Pour l'Education et la Culture Islamique et le Développement Social

LA TIDIANYA AU SENEGAL

LA TIDIANYA AU SENEGAL

LA TIDIANYA AU SENEGAL
Les liens entre le Sénégal et le Tidianya ne datent pas d'aujourd'hui. La confirmation vient des confidences de Zoubir qui les qualifie d' «ancestraux". «C'est enrichissant- des deux côtés, renseigne-t-il, ce n'est pas nouveau." Poursuivant sa narration, il note qu' «avant Cheikh Ahmed Tidiane Chérif il y avait des relations entre l'Afrique subsaharienne et le royaume Chérifien. Cela s'est renforcé avec la présence de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif et de la confrérie Tidianya".
En Afrique noire, cette voie fut introduite par Mouhamed El Hafiz, un maure de la tribu des Ida ou Ali, qui avait reçu lors d'une visite à sidi Mouhamed, la mission de la diffuser au Sénégal. Il convertit sa tribu et diffusa le Wird à Nioro et dans le nord du Soudan. Cette nouvelle confrérie va se propager en Afrique du Nord, puis atteindre La Mecque grâce aux pèlerins, elle gagna ensuite le Sahara grâce à Muhammad al-Hafiz, un savant homme de la tribu des Idaw Ali (des lettres très influentes de Mauritanie) qui avait été initié par Cheikh Tidiani (r) en personne. De retour chez lui, il convertit toute sa tribu jadis, acquise à la Khadrya avant sa mort en 1830. De cette conversion, nous assistâmes bientôt à une véritable chaîne de transmission de la Tidianya dans le monde. La Voie va ainsi cheminer vers le Sénégal, la Guinée, le Mali...par El Hadji Omar Tall.
Le marabout poursuivit ainsi ses pérégrinations dans le but de rassembler tous les musulmans de l'Afrique de l'Ouest sous sa bannière, quitte à s'imposer, par la guerre sainte.
Le fondateur de la Tidianya sénégalaise laissera en héritage une œuvre impressionnante consacrée à la doctrine de la Tidianya sous le nom de Rimah (le livre des lances) achevé en 1845. Ce document devient la référence des Africains de l'Ouest cheminant dans la Voie Tidiane. Cette Voie, qui s'est bien disséminée dans l'espace, a fini par se subdiviser en plusieurs branches souvent indépendantes des maisons mères d'Afrique du Nord (Algérie et Maroc).
L'expansion de la Tidianya doit beaucoup à son oeuvre et à celle de ses successeurs tels qu'El Hadj Ablaye, Ibrahima Niass, et notamment Malick Sy, qui inscrivit sa démarche dans la continuation du grand Almamy (Imam en Peul). Les Muqaddam que ce dernier a formés, ont ensuite répandu les enseignements de la confrérie dans leurs provinces d'origine.
Au Sénégal, après El Hadj Omar Tall, la Tidiânya regroupe aujourd'hui 51 % de la population du Sénégal et s'est scindée en plusieurs familles représentant les différentes sensibilités à l'intérieur de ce vaste courant soufi. Contrairement aux idées de certains, cette confrérie est numériquement beaucoup plus répandue au Sénégal que la Mouridya. Elle est simplement subdivisée en obédiences et « maisons ». Ce qui constitue une certaine diversité des enseignements et des orientations initiatiques.
Plusieurs familles représentèrent la tarikha, soit par une présence discrète, soit de façon visible. Ainsi, sa descendance à travers Seydou Nourou Tall et sa famille dans le Fouta Toro et à Dakar, Cheikh Ahmad Dème et sa famille à Sokone, on retrouve à Louga la famille Malick Sall, à Kolda, la famille Tall et la descendance de Chérif Younouss Aïdara de Baghère près de Tanaff , la famille d'El Hadj Thierno Barro à Mbour, la famille de Tafsir Amadou Ndiéguène de Thiès, la famille Cissé de Diamal, la famille Watt de Saint-Louis, , les Thierno de la famille Bâ de Médina Gounass très proches des enseignements de El Hadj Omar, ainsi que la famille de Amary Seck de Thiénaba .
Deux autres familles émergèrent du groupe : il s'agit de la famille Sy de Tivaouane dont l'ancêtre, El Hadj Malick Sy fut à l'origine de la vulgarisation de la tarikha et de la famille Niasse de Kaolack

Famille Sy de Tivaouane
La Tidianya est donc introduit au Sénégal vers 1835 par l'illustre chef religieux Cheikh Omar Tall qui sera relayé par El hadji Malick Sy .Ce dernier propagera la confrérie en pays wolof . En 1902, il s'installera définitivement à Tivaouane qui devient, sous son impulsion, la capitale de la Tidianya au Sénégal, mais aussi un centre d'enseignement de la culture islamique avec la création des écoles coraniques nommées « daraa ».
A son décès, en 1922, son fils Ababacar Sy fut le premier khalife ; Mansour Sy, son frère, n'a pas eu le temps de lui succéda car il mourut quatre jours plus tard cédant ainsi le khalifat à son frére El Hadji Abdoul Aziz Sy .Serigne Mansour Sy est depuis 1997 (date du décès d'Abdoul Aziz Sy) l'actuel khalife
Le khalife est le représentant de la communauté. Pour ce qui est de la succession du khalifat chez la famille Sy de Tivaouane, elle est se fait de père en fils ou parmi les frères aînés du marabout. Les membres de la communauté tidjane se retrouvent chaque année dans la ville sainte de Tivaouane ou autres villes du Sénégal où se trouvent des dignitaires de cette confrérie à l'occasion de la commémoration du Gamou le Maouloud (anniversaire de la naissance du Prophète) pour y célébrer des chants religieux et lectures coraniques.

La famille Niasse de Kaolack
Une autre branche importante de la Tidianya est représentée par la famille de Abdoulaye Niasse de Kaolack. Né vers 1844 à Beli, dans le Djolof, Sénégal, Abdoulaye Niasse, fils de Mamadou, est originaire d'une Famille toucouleur "wolofisée". Il mémorise le Coran à l'âge de 15 ans auprès de son père qui est maître d'enseignement coranique, puis aborde l'étude des sciences religieuses traditionnelles auprès du marabout Matar N'diaye.
En 1865, son père émigre dans le Rip pour fonder le village de Niassènne. Il l'y rejoint trois ans plus tard et fonde à son tour le village de Taïba en 1868. Une ligue Tidianya de résistance contre la colonisation française est créée parMa Ba Diakhou, qui est tué en 1867. Abdoulaye Niasse qui sera initié à la voie Tidianya en 1875 par Mamadou Diallo, un compagnon d'El hadji Omar, s'engage dans la lutte armée dans les rangs de Saer Maty Ba fils et successeur de Ma Ba.
En 1880, il rompit avec la lutte armée pour se retirer dans son village de Taïba où il se consacre à l'enseignement et à l'agriculture. En 1880, des traités signés avec les souverains locaux placent la Sénégambie centrale sous l'autorité de la France et les rives Gambiennes sous celle de l'Angleterre. Abdoulaye Niasse grâce à son engagement dans la culture arachidière et son action éducatrice voit ses revenus augmenter ainsi que le nombre de ses disciples.
Dès 1890, il se rend à la Mecque en passant par Fez où il noue des contacts avec la zawiya-mère de la Tidianya et à Alexandrie où il aurait reçu un diplôme attestant de son érudition islamique. De retour au Sénégal, il continue paisiblement à se consacrer à ses activités spirituelles jusqu'en 1901, quand le chef de canton de Nioro et l'administration l'accusent à tort d'être l'instigateur d'une émeute millénariste dirigée contre les Français. Taïba est détruit, sa mosquée brûlée et ses biens confisqués. Il se réfugie avec une partie de ses disciples en Gambie d'où il continue à exhorter ses fidèles, y compris ceux qui sont restés au Sénégal, au travail et au respect des lois. Ces derniers prennent part activement à la culture de l'arachide dans le cercle du Sine Saloum qui va très rapidement battre le record de la production arachidière. Abdoulaye s'attache également à cultiver ses relations extérieures en entretenant une correspondance suivie avec les différentes branches de la Tidianya. En 1910, grâce aux bons offices de son ami El Hadji Malick Sy, l'administration l'autorise s'installer à Kaolack.
En 1912 Sous l'action combinée de ces deux personnages emblématiques, la Tidianya est devenue la première confrérie musulmane au Sénégal, au détriment de la Khadrya qui entama petit à petit son déclin.
Il retourne à Fez et y reçoit la ijâza mutlaqa , suprême consécration de la hiérarchie Tidianya, qui va accroître son audience déjà considérable dans la Sénégambie.
Cependant, il est à noter que le succès de cette branche de la Tidianya sénégalaise ne se limite pas seulement en Gambie au Ghana et au Nigeria, elle a acquis une audience internationale, s'étendant en Afrique du Nord et en Afrique de l'Ouest, en Chine, en Europe, aux Etats-Unis.... En revanche, c'est une confrérie de moindre importance sur le plan national. Son succès est dû à sa vision moderne de la vie, elle prône une meilleure éducation des femmes, la création d'écoles et la généralisation de l'instruction qu'elle soit scientifique ou initiatique.
A sa mort le 9 juillet 1922, il lègue à ses successeurs une communauté très prospère. Outre son action éducative, Abdoulaye Niasse doit son succès à sa capacité d'adaptation aux mutations socio- économique provoquées par la colonisation et sa réussite à contrôler de nouveaux mécanismes d'allocation de ressources.


La Famille Bâ de Médina Gounass
Une des branches de la Tidianya qualifiée d'Omarienne, très proche de la doctrine de El Hadj Omar Tall, est la Tidianya de Médina Gounass, incarnée par les Thiernos de la famille Bâ d'ethnie Toucouleur. Le fondateur du village, Thierno Mamadou Seydou Bâ serait originaire du Fouta-Toro. Ses fidèles qui restent essentiellement Halpular (Toucouleur, Peul...) aspirent à un Islam débarrassé de tout modernisme, un Islam rigoriste, basé sur la stricte observance des lois islamiques. Toute la vie quotidienne de ce village est rythmée par l'observance des règles de l'Islam. Même les toutes petites filles sont voilées en permanence.
On y observe une séparation stricte entre hommes et femmes dans presque toutes les activités de ce village, toute promiscuité entre sexes est exclue, hommes et femmes ne se serrent pas la main, même lors du daaka, le Maouloud, les hommes s'isolent, seuls dans la brousse, loin des regards indiscrets des femmes pour s'adonner aux Zikrs, à la récitation du Coran, à une meilleure connaissance de Dieu, aucune présence féminine n y est tolérée, les hommes apportent leur propre nourriture pour une durée d'une dizaine de jours. Comme l'a déjà décrit Magassouba,
« ...il n'y avait ni école, ni bureau de poste, ni gendarmerie, ni bureau d'Etat Civil, bref aucune structure administrative de l'Etat sénégalais ».
Ils se considèrent comme étant les authentiques représentants de l'Islam pur, orthodoxe, ont des disciples et des représentants partout au Sénégal, aux Etats-Unis, en Italie et surtout en France, en particulier à Mantes-la-Jolie et aux Mur eaux. Toute la vie du disciple, de la naissance à la mort, en passant par le mariage, est régie par le Thierno, le marabout. C'est lui-même ou son représentant qui célèbre le 'baptême', autorise le mariage ou éventuellement le divorce.
La Tidianya de Médina Gounass est respectée des autres confréries religieuses sénégalaises. En dehors de ses préoccupations proprement religieuses, la confrérie s'adonne à diverses autres activités basées sur la culture de l'arachide et sur le commerce.
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